Brève histoire des
capucins en Corse.
C'est en 1540, date confirmée par les
historiens contemporains, que les pères Mariano de Santo Pietro di Tenda,
Joseph de Fermo, Liberio de Domodossola, le frère Pierre de Sainte Lucie de
Bozio et quelques autres religieux, débarquèrent à Bastia, malgré les
incursions turques fréquentes à cette époque.
Zaccharie Bovérius, annaliste de l'Ordre des capucins, nous dit : "L'Ordre
des Fréres Mineurs Capucins déjà répandue dans toute la Ligurie et les îles
adjacentes, se propagea facilement en Corse, grâce à la prédication et au zèle
séraphique du Père Mariano de Nebbio. Ce saint religieux, vrai disciple du
Séraphique d'Assise, débarqua en Corse en 1540. Il s'attaqua tout d'abord à
Bastia, non par la violence et les armes, mais avec le glaive tout puissant et
tout spirituel de la divine parole. Ce peuple aux moeurs farouches, fut bientôt
vaincu, touché par la parole pénétrante de cet apôtre infatigable et par la vie
austère et pauvre des disciples de Saint François."
Philippini, historien corse, écrit : "Ce fut en l'année 1540, étant
gouverneur de la Cors
François Lucciardi et Monseigneur Cibo, évêque de Mariana,
qu'arrivérent à Bastia les Pères Capucins, ils menaient une vie tellement
austère que les populations étaient dans l'admiration."
Dans son ouvrage intitulé "Raguagli", le Frère Olivese, des Frères
Mineurs de l'Observance, en parlant de l'établissement des Capucins en Corse,
dit : "En 1540, nos Pères Capucins arrivèrent en Corse et commencèrent par
y fonder le couvent le Saint Antoine de Bastia. Leur présence contribua
beaucoup à ranimer la foi parmi la laborieuse population de l'île.
Après deux siècles d'apostolat la province de Corse était bien florissante,
elle comptait 280 religieux profès, dont 60 prédicateurs et 18 couvents dont
trois consacrés au noviciat et à la formation religieuse et scientifique des
clercs.
La Révolution de 1789 au nom de liberté, égalité, fraternité a tout anéanti.
D'abord expulsion brutale des religieux et confiscation de leurs biens,
ensuite.
Un bon nombre de ces religieux durent s'exiler, les autres se dispersèrent dans
l'île menant une vie cachée presque érémitique.
Essais de restauration.
En 1796 pendant le règne éphèmére des anglais, quelques religieux regagnérent
leurs couvents, assurés de la bienveillance des pouvoirs civils.
Mais cette tranquillité fut de courte durée, puisque les anglais devaient
abandonner bientôt l'île sous la poussée des armées révolutionnaires commandées
par le général Bonaparte, Premier Consul.
Les religieux furent obligés de quitter précipitamment leurs couvents et se
disperser reprennant leur vie d'ermites. Cependant, la chapelle de Saint
Antoine resta, malgré tout, ouverte au culte, desservie par des prêtres
séculiers ou par des religieux.
Sous les régnes de Louis XVIII et Charles X , un bon nombre de religieux
regagna les couvents sans avoir pour cela un statut légal. Après l'abdication
de Charles X en 1830, Louis-Philippe monta sur le trône. Les débuts de son
règne furent marqués par une nouvelle persécution religieuse. Les religieux
durent une nouvelle fois quitter leurs couvents. Heureusement, la paix revint
et quelques années plus tard, vers 1835, nous voyons nos couvents se repeupler.
En même temps qu'il faisait venir à Ajaccio les Pères Oblats de Marie Immaculée,
Monseigneur Casanelli d'Istria, évêque de Corse, écrivait au Général des
Capucins pour lui demander d'envoyer des religieux en Corse. Il obtint d'abord
de l'autorité militaire de louer le couvent Saint Antoine et de l'acheter
ensuite pour le céder à ceux qui l'avaient fondé.
Toutefois, ce ne fut que bien plus tard en 1859, qu'une communauté canonique
put s'installer au Couvent Saint Antoine sous la direction du Père François de
Scolca.
Jusqu'en 1903 les capucins purent travailler au service de l'Eglise qui est en
Corse. Hélas, les lois de suppression soutenues par le brigand Combes eurent
tôt fait de déloger les capucins et les religieux en général. Encore une fois
nos frères partirent en Exil, surtout en Italie. Ils reviendront en Corse en
1920, mais malgré tous les efforts et leur zèle apostolique, la Province capucine ne se
relèvera plus.
En 1939 elle sera annexée à celle de Lyon, qui a son tour cèdera sa place à la
province de Sardaigne en 1984.